La restructuration récente des politiques sociales au Canada
et au Québec : éléments d’analyse
Lionel-Henri Groulx
Le Canada et le Québec ont procédé, depuis le milieu des années 1990, à des changements importants de leur système de protection sociale ; les objectifs visés par ces réformes ont été de contrôler les dépenses publiques ou d’atteindre le déficit zéro, d’augmenter l’efficacité des politiques sociales, en particulier par rapport à l’incitation à l’emploi, et de garantir des conditions de vie convenables. Ceci s’est traduit par une restructuration de plusieurs dispositifs de protection sociale qui s’est réalisée par la reconfiguration des paramètres de protection et par l’activation de ces mêmes dépenses sociales. Pour comprendre cette restructuration, cet article analyse les changements introduits dans certains dispositifs de sécurité du revenu que sont le dispositif de l’assurance chômage, le régime universel des allocations familiales et le système d’assistance sociale, tant au niveau fédéral que québécois. Pour rendre compte de cette démarche, le texte a été divisé en trois parties : la première porte sur la reconfiguration de chacun des dispositifs, la deuxième sur l’activation des dépenses sociales et la troisième introduit des éléments d’analyse vis-à-vis cette restructuration récente des politiques sociales. Le texte est traversé par une question, celle de savoir si ces réformes traduisent un virage néo-libéral dans le sens d’un désengagement de l’État et d’une érosion des droits sociaux ou s’il vaut mieux plutôt y voir une réorganisation, une modification de son architecture, traduisant un changement de paradigme ou de référentiel dans le sens d’un État social actif ou d’investissement social.
Since the mid-1990’s, Canada and Quebec have initiated important changes to their system of social protection; the objectives of the reforms were to control public expenditure or attain zero deficit, improve the efficiency of social policies, particularly in relation to employment incentives, and guarantee acceptable living conditions. Such objectives were conveyed by a restructuring of several social protection mechanisms, achieved by reconfiguring protection parameters and activating the same social expenditure. To understand this restructuring, the article analyses the changes introduced in certain income security mechanisms including unemployment insurance, universal family allowance and welfare, at both the Federal and Quebec levels. To explain this approach, the paper is divided into three parts: the first on the reconfiguration of each mechanism, the second on the activation of social expenditure and the third introducing the elements of analysis towards this recent restructuring of social policies. The subject matter is dominated by a fundamental question, that of knowing whether the reforms convey a neo-liberal change of policy in the disengagement of the state and erosion of social rights or whether they convey a reorganization, a modification of the framework as a result of change of paradigm or reference in a socially active state or as a form of social investment.
Sixty Years on the Margin: The Evolution of Ontario’s Tree Planting Industry and Labour Force: 1945–2007
Brendan Sweeney
This paper examines the evolution of Ontario’s tree planting industry and the segmentation of its labour force since the end of World War II. To do so, it draws upon Jamie Peck’s causal emphases of labour market segmentation: labour demand, labour supply, and the state. Concomitantly, it seeks to better conceptualize tree planting amongst other forestry and seasonal natural resource occupations, such as loggers and agricultural workers. The paper is organized around four distinct time periods, all of which are marked by significant changes to the structure and political economy of the forest products industry and legislation governing forest tenure and management. It also examines mechanization in the logging and tree planting industries, the shift from public to private service delivery, the role of unions, remuneration systems, the potential for the use of migrant guest workers, and the ensuing effects on the segmentation, marginalization, and stigmatization of tree planters in Ontario since the mid-1940s.
Cet article examine l’évolution de l’industrie de la plantation d’arbres de l’Ontario et la segmentation de sa main-d’oeuvre depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Pour ce faire, il se base sur la mise en évidence non prescrite de Jamie Peck à l’égard de la segmentation du marché du travail : la demande de la main-d’oeuvre, la disponibilité de la main-d’oeuvre, et l’État. En même temps, il cherche à mieux conceptualiser la plantation d’arbres parmi d’autres occupations saisonnières forestières et de ressources naturelles, telles que les bûcherons et les travailleurs agricoles. L’article est organisé autour de quatre périodes de temps distinctes, dont toutes sont marquées par des changements importants à la structure et à l’économie politique des produits forestiers et à la législation régissant la tenure et la gestion des forêts. Il examine aussi la mécanisation dans les industries forestière et de plantation d’arbres, le passage du service de livraison du secteur public au secteur privé, le rôle des syndicats, les systèmes de rémunération, la possibilité de l’embauche des travailleurs migrants, et les effets consécutifs sur la segmentation, la marginalisation, et la stigmatisation des travailleurs de l’industrie de la plantation d’arbres en Ontario depuis le milieu des années 1940.
A Communist in the Council Chambers: Communist Municipal Politics, Ethnicity, and the Career of William Kolisnyk
Stefan Epp
The election of William Kolisnyk as alderman for Winnipeg’s Ward Three in the fall of 1926 was celebrated as one of the first times that any candidate in North America running under the banner of a Communist Party was elected to public office. Although he was only an alderman for four years, a study of Kolisnyk’s political life contributes to the study of communist history in several ways. His term in office was split roughly in half by the introduction of Third Period ideology. As the Communist Party’s sole elected representative at the time, Kolisnyk’s political activity demonstrates the practical implications of this dramatic policy shift. While the Third Period radically changed Kolisnyk’s politics, several local issues significantly influenced his politics. Ethnicity, both within the Party and in Kolisnyk’s constituency, profoundly affected his career. The paper also examines the political issues pursued by communists at the municipal level and the communist community that brought Kolisnyk to office. Therefore, this examination of William Kolisnyk’s aldermanic career reveals the importance of international influences as well as the political realities of Winnipeg’s communist community, both of which contributed to the political activities of one of Canada’s first elected communists.
L’élection de William Kolisnyk comme conseiller municipal pour la troisième circonscription de Winnipeg en automne 1926 a été célébrée comme l’une des premières occasions qu’un candidat en Amérique du Nord se présentant sous la bannière d’un parti communiste a été élu à un poste de fonctionnaire. Bien qu’il soit conseiller pour seulement quatre ans, une étude de la vie politique de Kolisnyk contribue à l’étude de l’histoire communiste dans plusieurs façons. Son mandat a été à peu près divisé en deux parties par l’introduction de l’idéologie de la troisième période. En tant que le seul représentant élu du parti communiste à ce moment-là, l’activité politique de Kolisnyk démontre les implications pratiques de ce changement de politique dramatique. Bien que la troisième période ait changé de façon radicale les politiques de Kolisnyk, plusieurs questions locales ont influencé ses politiques de façon remarquable. L’appartenance ethnique dans le parti et dans la circonscription de Kolisnyk a profondément touché à sa carrière. Cet article examine également les questions politiques poursuivies par les communistes au niveau municipal et la communauté communiste qui a favorisé l’entrée en fonction de Kolisnyk. En conséquence, cet examen de la carrière de William Kolisnyk en tant que conseiller municipal révèle l’importance des influences internationales ainsi que les réalités politiques de la communauté communiste de Winnipeg, les deux ayant contribué aux activités politiques de l’un des premiers communistes élus au Canada.


